Mari Arhex

El horizonte del círculo : Nous sommes tous des poussières d’étoiles

La question de l’espace est au cœur de l’exposition proposée autour de l’œuvre d’Agustina Otero, tant dans les créations que dans l’occupation de l’espace par les objets exposés : lesquels proposer, comment les agencer, comment les éclairer, quel jeu et harmonie sont possibles avec les espaces d’exposition… Les questions sont multiples et les lieux très différents : un bâtiment ancien au toit voûté (pour lequel a été pensée une cosmogonie aussi céleste que terrienne) ; l’autre bâtiment, moderne et anguleux, aux recoins asymétriques et aux lumières changeantes.

Dans le premier lieu, on découvre les prémices de la création, tout le travail nécessaire au moment où l’étincelle surgit finalement : croquis, dessins, maquettes, premières ébauches… Le cercle est sans conteste le grand protagoniste, incarnant la figure géométrique, la forme de la tête (ou du crâne ?), les astres. Mais d’autres figures géométriques sont aussi présentes, simples croisements de traits qui suggèrent des figures humaines dans leur plus simple expression, entourées des couleurs primaires qui renvoient précisément au Ciel et à la Terre : le bleu et le rouge. Le jaune est absent : écho manquant aux premiers artistes de l’Histoire qui œuvraient dans les entrailles de la terre avec pour toute source de lumière leur torche vacillante ? La salle est en tout cas dépourvue d’ouverture, pouvant figurer ces grottes préhistoriques desquelles a émergé l’art pariétal il y a de cela des milliers d’années. Ainsi habitée, la voûte du lieu devient céleste.

Dans le second lieu, le public est accueilli par une sculpture sphérique d’apparence assez brute. Puis un œuf monumental, promesse de fécondité, introduit les œuvres réunies pour raconter l’évolution de la réflexion et de la sensibilité de l’artiste. Quelques objets aux formes arrondies sont accrochés au mur. La terre et le métal se mêlent pour donner des formes apaisées : la tendresse de l’argile et du plâtre sont étayés par du plomb qui les maintient et souligne leurs courbes. Autant de matériaux aisément façonnables qui suggèrent la plasticité du monde et la singularité de son interprétation.

Puis l’entrée en matière à proprement parler. Plusieurs œuvres sont offertes au visiteur, illuminées par un puits de lumière venu du plafond. Nous sommes dans l’antre de la créatrice, caché sous terre mais accessible au regard des curieux. Les pièces réalisées dans la jeunesse sont des sphères pleines, la matière est palpable, massive. Les formes sont remplies. On distingue parfois des visages. Elles incarnent le besoin de profusion de cet âge où l’on a besoin de tout remplir : son univers, son temps, son espace, son esprit… La plénitude nourrit la jeunesse qui trace son chemin en questionnant, en expérimentant, en explorant.

Au fil du temps, les œuvres deviennent plus épurées. La forme reste – cet arrondi harmonieux et mystérieux -, mais elle se vide. Les visages deviennent profils puis s’effacent pour être simplement suggérés. Le temps passe et l’artiste va à l’essentiel. Si elle part d’une sphère minérale, elle en vient à proposer une courbe métallique pour signifier la même réalité. Le geste se suffit à lui-même. Le vide ne fait plus peur mais devient signifiant. Le vide devient matière. Le cadre qui l’entoure le sublime. Illustration du propos de Saint-Exupéry : « La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer. »

Au-delà de la matière et de l’espace, c’est aussi le passage du temps auquel on assiste : le vide laisse de la place. Tout en laissant une trace. Indélébile. Tout est comme futile et vain dans le questionnement. Le cercle est suggéré par une boucle et celle-ci ne se referme jamais sur elle-même, elle reste ouverte à tous les possibles, comme offerte à qui veut bien la regarder et converser avec elle. Avec le vide et son silence. Avec le vide et sa prestance.

Les murs entourant ces œuvres sont constellés d’objets qui participent, dans un autre registre, au même propos : créés à partir de pierres glanées dans la nature et sélectionnées du fait de leurs formes, ils sont laissés à la libre interprétation de personnes qui les voient. Minéraux enrichis (ou pas) de métal, ils racontent aux aussi le temps qui passe, géologique cette fois.

Le voyage auquel nous convie cette exposition voit ainsi s’entremêler les  dimensions d’espace et de temps. Si l’importance de l’espace et le dialogue entre matière et vide est soulignée par l’artiste, on observe aussi le passage du temps, l’infinitésimal et le cosmique : les deux dimensions se concrétisent pour se rejoindre. Et les figures cosmogoniques réalisées pour l’occasion sont là pour nous rappeler la vacuité de notre existence d’individu tout en nous rattachant à l’immensité de l’Univers. Ne sommes-nous pas toutes et tous des poussières d’étoiles, ancrés dans notre quotidien et pourtant si insignifiants ? La matière et le vide…

« Le vide est tout puissant car il peut tout contenir. » (Okakura Kazuko)

Mari Arhex